ACCUEIL | LE NORD ET UN PEU DE BELGIQUE | WAVRIN - LE TOUCHER DU MARTEAU

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis un temps immémorial, le 1 er décembre, les fermiers de Wavrin font toucher leurs chevaux par le "marteau de Saint Eloi".

 

Vendredi 1er décembre 5 heures du matin. Sous un ciel gris de Flandre, Wavrin, grosse bourgade de près de 4 000 habitants, sommeille ! Mais pourquoi ce remue-ménage dans toutes les fermes ? Les valets de charrue se sont levés très tôt'.

Dès le café avalé, ils se sont rendus à l’écurie et "je te bichonne" la Grise, et "je te panse" Gamin, deux superbes boulonnais.

Après le pansage. Il faut songer à noircir les sabots, à briquer la gourmette et à astiquer le harnachement. Un dernier coup d’étrille, l'ultime coup de brosse à la queue et voilà les bêtes pêtes.

Non cependant, car la fille de la fermière, aidée de la servante pare le cheval : de superbes chrysanthèmes aux œillères et des fleurs artificielles aux couleurs chatoyantes, le long du bridon et posées, par ci, par là, dans la queue.

Les mêmes préparatifs se renouvellent dans chaque " cense". Il y a ainsi près de cent chevaux, tous reluisants, piaffants d’impatience et se demandant le pourquoi de cette toilette si matinale.

Depuis les temps les plus reculés (et aux dires des anciens Wavrinois. c'est la seule coutume existant en France" le jour de la Saint Eloi, les chevaux du village reçoivent "le toucher du marteau".

C’est devant le porche de l'église que va se dérouler un peu avant la rnesse de 10 h., la curieuse cérémonie "du toucher". M. I’abbé Buisine, curé de Saint-Martin et son vicaire M. l'abbé Frévin, attendent les cavaliers sous le portail. M le Curé tient en main le marteau de Saint Eloi. L'outil est d’assez grande 'aille ; il est en bois des îles. Dans ce qui représente le fer, est incrustée une relique du Saint orfèvre.

Chaque cavalier amène sa monture près du prêtre. M. le Vicaire, par la bride, la tient. M. le Curé pose le méplat du marteau sur la tête du cheval et présente ensuite la relique au fermier qui la baise.

Tous les chevaux défilent ainsi devant "le marteau du Saint" et au triple galop, pétaradant de leurs quatre fers sur les pavés, au grand dam des chiens effarés, des poules et des coqs, iis regagnent leurs écuries. Il faut que leurs cavaliers assistent à la grand'messe !

Le matin, sitôt les bêtes parées, leurs propriétaires vont, de ferme en ferme, souhaiter la Saint-Eloi. Mais ils ne descendent pas de leur cheval et dans chaque cour, fermières ou servantes,. apportent sur un plateau la traditionnelle tasse de café... arrosé (cela va sans dire). Quelques bêtes dociles pénètrent dans les cafés où leur cavalier se fait servir.

 

La cloche appelle les fidèles. C'est jour de fête pour le village ce vendredi ; les écoliers ont congé et â 10 h., le sanctuaire est plein.

Les fermiers, leurs familles, tout leur personnel, assistent à la messe célébrée en l'honneur de leur patron.

On est venu des Ansereuilles, de la Vallée, du Bac à Wavrin, de la Fontaine et même du "Quinquibue". Le propriétaire de "Gamin" qui habite ce hameau, nous donne l'explication de ce nom : autrefois, à la ferme qu'il habite un fermier ingénieux avait installé une roue dans laquelle on plaçait un chien qui la mettait en mouvement. Après la baratte mue par ce moyen, le cul'ivateur adapta un genre de batteuse pour laver le linge. C'est de là que vient le nom de lieudit Le Quin (Chien) qui bue (qui lave) "Quinquibue".

Au cours de la cérémonie, le maréchal-ferrant du village, doué d'une superbe voix, M. Duthoit, donna plusieurs chants et entre autres, "l'Hymne à Saint Eloi", œuvre de son frère. M l'abbé Duthoit.

Une joyeuse animation n'a cessé de régner dans ce petit village de la Weppes. qui doit son nom à sa situation. En effet, Wavrin vient du mot flamand : "Waveren" qui signifie "bois aquatique". Le bourg éta:t en touré des marais de la Deûle avant son assèchement.

La messe terminée, on fit le tour des cafés. Dans chaque ferme, un banquet réunit à la même table maîtres et domestiques. Tard dans la soirée, les jeunes ruraux lançaient, à tous les échos, la vieille complainte populaire :

Non, Saint Eloi n’est pas mort (bis)

Car il vit, car il vit, car il vit encore (bis)

 

publié en décembre 1950

 

 

 

à gauche : M. l'abbé Buisine, curé de Wavrin, touchant un cheval avec le marteau de Saint- Eloi, dans lequel est incrustée une relique du saint orfèvre

à droite : deux enfants de chœur portant le marteau-reliquaire

______________________________________

 

 

 

 

 

 

 

 

  ACCUEIL | LE NORD ET UN PEU DE BELGIQUE | WAVRIN - LE TOUCHER DU MARTEAU

 

 

bachybouzouk.free.fr