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A quoi songez-vous, lorsque quelqu'un, devant vous, prononce ces simples mots : le Nord ? Quels êtres, quels paysages, imaginez-vous ? On vous dit, n'est-ce pas , que c'était un pays froid et morne, une triste région grise au haut de la carte, une contrée ici embuée de lourdes brumes et là saupoudrée de la noire poussière des charbonnages ? On vous a dit, sans doute, que c'était un pays de labeur sans gaîté, un pays sans sites aimables ni monuments superbes, une contrée sans enthousiasme ?
Si vous l'avez cru, détrompez-vous, car rien n'est plus contraire à la vérité. Les provinces de notre Nord français sont tout autres. Elles ont leur beauté et leur charme, plus sévères sans doute que ceux qui illuminent les provinces du Midi. Elles ont leur poésie et leur enchantement plus farouches inévitablement au bord de la mer nordique qu'aux rivages de la bleue Méditerranée. Elles ont leur histoire, double et séculaire épopée de la guerre et du travail.
Mais pour le sentir et le comprendre il ne faut pas se limiter à la visite ou à la connaissance de tel canton étroit où tout ne vit que de la mine et du charbon, si ce n'est de tel autre où l'air est rempli du bruit des filatures.
Il ne faut pas séparer la mer de la campagne, ni celle-ci de la ville. Il ne faut pas créer des cloisons étanches entre des départements ou d'anciennes divisions territoriales. Il faut, au contraire, par la pensée, reconstituer une sorte de grande province, faite de morceaux certes très divers, et cependant très homogène, il ne faut pas craindre (et c'est ce que nous tentons ici, dans la France du Nord, n'est ni la Normandie, ni Ile-de-France, ni Champagne.
Alors nous apparaîtra quelque chose qui sera à la fois un Pays et une race : gens de la mine et gens de la mer, paysans de la plaine et tisserands des villes , tous à l'avant-garde du "Pays de France", postés à cette tête de pont vers les vrais Pays du Nord !
Picards et Artésiens, Flamands et Boulonnais, gens du Santerre et du Hainaut, vous savez bien que votre pays est beau et riche et digne d'envie ! Vous le savez bien, puisqu'on a voulu vous le prendre et que vous l'avez âprement défendu !
Dans vos plaines basses passent des bateaux lents, halés au long des canaux à l'eau immobile... Dans vos champs tournent sans hâte les grands bras maigres des moulins de bois... Dans vos cités, chantent des carillons vieux comme vos libertés... Dans vos villes trépide une activité sans paresse et règne aux jours de liesse la joie délirante des kermesses... Au long de vos côtes se dressent les blanches falaises ou s'arrondissent les dunes blondes...
Et c'est dans votre ciel surtout, dans votre ciel tantôt clair et tantôt gris qu'il faut chercher les silhouettes les plus représentatives de votre existence qui n'a été et qui n'est encore qu'un long effort. Dans votre ciel, - qu'il soit picard ou flamand - voici le clocher, voici le beffroi, voici le phare et là-bas, voici encore l'étrange armature d'un chevalement de mine, la noire pyramide d'un crassier, la fine silhouette d'une cheminée empanachée.
Un chant confus monte, fait de mille voix, chant du moissonneur et complainte du mineur, grande voix du large, cristal des carillons, rauque appel des sirènes – et jusqu'à la tendre berceuse d'une femme du Nord pour son "p'tit Quinquin"...
Comment n'aimeriez-vous pas ce pays ? S'il est vôtre, vous le chérissez de vieille date ; mais si vous êtes né parmi d'autres horizons, venez le visiter et le parcourir, venez lui demander son multiple secret, à ce pays ardent sous un abord froid. Et peut-être ainsi saurez-vous au terme des pages que voici, pourquoi "ceux du Nord" aiment si profondément leur terroir et acceptent si vaillamment qu'ils soient marins ou mineurs, flamands ou picards, leur existence de lutte et de labeur.
Charles Brisson - Sous le ciel du Nord
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