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Le 2 décembre 1959, une vague de 40m de haut dévaste la vallée. Le barrage de Malpasset, mis en service en 1954, vient de se rompre. C’est 50 millions de m3 d’eau qui dévastent tout… Le bilan sera très lourd : 423 morts ou disparus. Bien que la thèse de l’accident ait été officiellement retenue en 1971, on parle encore qu’un attentat du FLN algérien en aurait été la cause.
Le texte ci-dessous est extrait du journal Le Pèlerin de décembre 1959 :
Une catastrophe sans précédent dans notre pays s’est abattue sur Fréjus. Le barrage de Malpasset, situé dans l’Esterel, à sept kilomètres au nord de la ville, s’est rompu, déversant près de 50 millions de mètres cubes d’eau dans la vallée et dévastant un quartier de Fréjus.
Ce soir-là, avant 21 heures, les habitants de la vallée du Reyran perçurent un sourd grondement. Quelques instants plus tard, à 21 h 05 précise un gardien du barrage, des vagues immenses éventrèrent les rez-de-chaussée des maisons, balayèrent la voie ferrée Paris-Vintimille, arrachant 1.500 mètres de rail : le barrage avait cédé. Six cents maisons furent ainsi détruites : la rue de Verdun en entier fut repoussée à la mer. La ruée des eaux dura plus d’une demi-heure et les premiers secours ne purent être entrepris qu’ensuite. La région était alors isolée du monde, sas route, sans voie ferrée, sans eau potable, sans gaz et sans lumière.
Le nombre de mort s’allongeait, au fur et à mesure que l’immonde vase, recouvrant tout, pouvait être fouillée. Quarante-huit heures après la catastrophe, on dénombrait 270 morts, mais con comptait également disparus. Les obsèques des premières victimes ont eu lieu vendredi 4 décembre, dans l’après-midi.
Une Commission d’enquête examine les causes possibles de la catastrophe : glissement de terrain, provoqué par les pluies ; onde de choc, provoquée par l’ouverture des vannes ; secousse terrestre profonde ; ébranlement du barrage par les coups de mines sur le chantier de l’autoroute ; défaut dans la construction…
Après la rupture du barrage, une vue de la région dévastée. Le pont qui supportait l'autoroute a été emporté. Derrière lui, les maisons se sont effondrées sous la monstrueuse pression des flots boueux.
Le dévouement des sauveteurs a été à la mesure du drame. Voici un groupe d'habitants de Fréjus transportant une jeune victime - Deux photos montrant les importants dégâts. Un camion de 15 tonnes , littéralement catapulté contre une maison, donne une idée de la furie des eaux !
Le barrage avant la catastrophe la voie ferrée a été littéralement arrachée par les flots sur plus d'un kilomètre. En gare de Fréjus, les passagers d'un autorail ont été sauvés par miracle - Près de la gare, qui a énormément souffert, quatre sauveteurs portent vers une chapelle ardente un brancard sur lequel repose un corps sans vie, découvert dans la boue... Un de plus !
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Lu dans un quotidien de Suisse :
Campagne de solidarité
Sur la Nationale 7, de Paris à Marseille, des routiers s'arrêtent à chaque instant, car des milliers d'habitants leur distribuent des colis ou des couvertures destinés aux victimes de la catastrophe de Fréjus. Cette action "S.O.S. routiers" a été lancée par une chaîne radiophonique française. D'autre part, une émission radio-télévisée de la Chaîne Internationale a lancé hier soir, de Lausanne, un appel à l'aide en France, en Belgique, à Monte-Carlo et en Suisse. La "Chaîne du bonheur" suisse a, elle, hier aussi, immédiatement lancé une action en faveur des sinistrés. L'appel à la générosité publique faite en France par une chaîne radiophonique privée, hier soir, a rapporté à minuit déjà 46 millions de francs français.
Le récit d'un rescapé
Un rescapé de la catastrophe, M. René Alleman, 25 ans, qui habite avec sa mère dans une ferme située au pied du village de Puget-sur-Argens, à une centaine de mètres des rives du Reyran, a fait le récit de la tragédie :
"Il était 21 h. 30, a-t-il indiqué, et j'étais sorti dans la cour de la ferme. Ma mère était dans la cuisine. Soudain, j'ai senti comme un souffle violent, un coup de vent. Quelques secondes plus tard, un bruit effrayant m'est parvenu, un grondement de tonnerre, bientôt accompagné du fracas des rochers qui s'effondraient. Je me suis précipité dans la maison. J'ai compris que le barrage venait de céder. J'ai crié à ma mère de monter au premier étage, mais déjà l'eau était là et montait à une allure vertigineuse. La première vague avait environ quatre mètres de haut et dépassait le plafond. Nous avons été obligés de nous réfugier au 2eme étage et même sur le toit. L'eau s'est stabilisée au milieu de la chambre du 1er étage. Au bout d'une vingtaine de minutes, elle a commencé à descendre. On voyait alors la boue s'effacer graduellement dans l'escalier. Nous avons passé toute la nuit au premier étage, attendant vainement du secours. Nous entendions des cris. Ils provenaient des voyageurs de l'autorail emporté par la vague. Au petit matin, j'ai réussi à sortir dans la cour de la ferme. Une grande scierie qui se trouvait à une centaine de mètres de notre ferme, sur le bord de la rivière, avait disparu, totalement aéantie. J'ai réussi à atteindre les gendarmes qui arrivaient au Puget."
La mère de M. Alleman, qui a été fortement commotionnée, a été transportée par hélicoptère dans un hôpital. M. Alleman est resté seul au milieu des ruines de sa maison qui par miracle a résisté aux flots.
La cause de la catastrophe de Fréjus
On pouvait lire dans un quotidien suisse du 23 février 1960 :
La cause principale de la catastrophe de Fréjus survenue le 2 décembre 1959, qui a fait plus de 500 morts et a causé des milliards de francs de dégâts, est le glissement de l'éperon rocheux sur lequel s'appuyait la culée gauche du barrage de Malpasset. Telle est selon le journal Paris-Presse la conclusion du rapport préliminaire établi par les différents enquêteurs, physiciens, hydrauliciens et géologues, rapport qui sera vraisemblablement remis à la fin du mois au gouvernement. Quant aux raisons pour lesquelles cette culée gauche a cédé, elles sont susceptibles d'intéresser au plus haut point les experts en barrage du monde entier : on considérait jusqu'ici que le gneiss constituait une roche sûre. La catastrophe de Malpasset tendrait à prouver qu'il est en fait susceptible de "vieillir" très rapidement et de devenir particulièrement friable.
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Le barrage de Malpasset avant et après la catastrophe
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Voici un article sur Fréjus qui a été publié en 1926
De toutes les villes romaines qui, de leurs débris, jonchent le sol du Midi de la France, il en est peu dont les ruines soient aussi parlantes que celles de Fréjus. Ici les grands édifices ont à peu près disparu ; il ne subsiste rien du décor et des sculptures qui revêtaient les monuments ; pas un arc de triomphe, pas même une colonne de temple ; rien que des architectures nues, dont les pierres, d’admirables pierres, couleur d’or et de vert-de-gris, suffisent à marquer sur le terrain tout le plan de la cité maritime. Voici les remparts, les portes, le théâtre, les arènes ; voici la citadelle qui protégeait le port, et, au milieu des alluvions qui ont remplacé l’ancienne lagune, voici le port lui-même dessiné au milieu des cultures par les ruines de ses môles.
Tout est romain : la lumière, les horizons et la campagne. L’aqueduc qui conduisait à Fréjus les eaux de la Siagne déroule, parmi les champs et les vergers, la chaîne interrompue de ses arcades mutilées. Pareille à l'agro romano, la grande plaine du delta de l’Argens fuit jusqu’à la mer étincelante. Vers le nord, la virgilienne vallée du Reyran étend ses prairies, coupées par des haies de roseaux, au milieu desquelles apparaissent çà et là les trois cyprès d’une maison de paysan. Plus loin, couronnant les collines, se dressent lde bois des pins parasols, et leurs majestueuses ombrelles encadrent des montagnes lointaines qui détachent sur le ciel leurs cimes harmonieusement dessinées, comme celle des monts Apennins.
Les barbares avaient dévasté la ville romaine. Dans son enceinte, désormais trop vaste, s’établit la petite cité épiscopale du moyen âge. De celle-là il reste un fragment de rempart, le logis de l’évêque et la cathédrale, une étrange et sombre cathédrale à demi enfouie dans le sol. Avec l’évêché, elle formait une véritable forteresse, flanquée de tours et destinée à repousser l’assaut des Sarrasins qui, une fois déjà, avaient pris et anéanti Fréjus.
Que de beautés dans une église de France ! Cette petite cathédrale de Fréjus n’est pas un monument illustre, et cependant combien de richesses y sont accumulées ! Des vantaux de bois, sculptés par des hûchers de Provence au temps de la Renaissance, ferment la porte principale de l’église. La coupole du vieux baptistère repose sur huit colonnes de granit à chapiteaux corinthiens, restes de quelque édifice romain. Les lambris et les stalles du chœur offrent un simple et délicat décor, de style gothique. Les sarcophages de deux évêques du xiv* siècle gisent dans une des absidioles latérales. A l’entrée du chœur est placée une délicieuse peinture partagée en plusîèurs compartiments et où, parmi les images de plusieurs saints et de plusieurs saintes, est représentée sainte Marthe foulant au pied la Tarasque...
La merveille de cette cathédrale, c’est son délicieux cloître de marbre, un des plus délicats et des plus rares qui soient en France, car il est formé d’une double galerie.
Autour de la cathédrale s’élève une petite ville qui, par le dessin de ses rues et la variété de ses logis, rappelle toutes les petites villes de Provence. Quelques hôtels bâtis au XVIIIe siècle par d’opulents bourgeois y portent la marque de ce goût et de cette fantaisie qui rendirent alors si charmantes les architectures d’Aix ou d’Avignon : l'hôtel Sieyès, avec ses lourdes cariatides ; la maison Bareste, avec sa porte élégante à fronton brisé ; l’hôtel "des Quatre-Saisons", où chaque fenêtre est ornée d’un masque charmant... A la grâce des façades ajoutez, dans le grand silence de la ville à demi morte, le charme des souvenirs et le bruit des grands noms : Fleury, qui gouverna le diocèse de Fréjus avant de devenir le précepteur de Louis XV et de gouverner la France ; Sieyès, qui est né dans la maison aux cariatides : Pie VII, qui, par deux lois, entre Savone et Fontainebleau, fut l’hôte de la pimpante maison des "Quatre- Saisons"; Napoléon, qui débarqua sur la plage de l’Argens, à son retour d’Egypte, et s’y embarqua poux l’ile d’Elbe.
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à noter :
Le 15 août 1944, ce sera le débarquement en Provence, Fréjus sera libérée le 16...
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en 1961
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